Pèlerinage en Terre Sainte, jour 8 : le jour le plus long !

Récit : Cécile et Père Bruno
Photos : Groupe Elie

Cécile :

« Le jour se lève, voici que nous commençons la dernière partie de notre pèlerinage. Nous avons vu au cours des jours précédents les lieux d’annonce de la naissance du Christ, de son incarnation, de son ministère. Aujourd’hui nous entamons le cycle de la Passion et de la Résurrection.

Question de logistique oblige, nous commençons par visiter le lieu de l’Ascension. En effet, c’est juste en face de là où nous logeons, sur le mont des Oliviers. La vue est imprenable sur Jérusalem, mais je ne vois pas d’oliviers. Comment était-ce il y a 2000 ans, sans ces routes et ces murs ? C’est un lieu très étrange… tranchant nettement avec ce que j’avais pu m’imaginer : un édicule blanchâtre entouré de murs grisonnants, du gravier et des visiteurs qui arrivent par car entier. Le lieu appartient en fait à une mosquée. C’est d’ailleurs la seule sur Terre où l’Eucharistie peut être célébrée (chaque année lors de l’Ascension, par les chrétiens qui transforment ce lieu en suspendant des tentures) ! A l’intérieur une simple pierre. Celle au-dessus de laquelle le Christ s’est élevé. Oui finalement… c’est simple : Il est ressuscité ! Il est monté au Ciel. Passons, il n’y a plus rien à constater de nos yeux ici.

Plus bas sur la colline, nous nous arrêtons au lieu dit Dominus Flevit. C’est ici, nous dit la Tradition, que Jésus a pleuré en entrant dans Jérusalem. En face de nous s’étend un cimetière juif. A l’ombre d’un pin nous nous asseyons pour écouter Guillaume nous expliquer les Psaumes des montées (Cantique des degrés), ceux que les juifs récitaient  lorsqu’ils arrivent à Jérusalem. Vraiment, nous sommes aux portes de Jérusalem, au pied de la maison du Seigneur.

Je me réjouis quand on me dit :
“Allons à la maison du SEIGNEUR !”
Nos pieds se sont arrêtés
à tes portes, Jérusalem ! (
Ps 122)

Un peu plus loin, nous apercevons enfin un nombre raisonnable d’oliviers pour qualifier ce lieu de « mont des oliviers » ! Les bougainvilliers et la lavande donnent un air de Provence.  Notre guide nous explique que certains arbres sont presque millénaires. Nous voici arrivés à Gethsémani. »

Père Bruno :

« Nous commençons à éprouver les sentiments du Christ. Nous faisons une pause au creux du Cédron – ici la tradition orthodoxe vénère le tombeau de la Vierge, et donc le lieu de sa dormition. Il s’ensuit un grand débat théologique : Marie a-t-elle connu la mort ? Pourquoi trouve-t-on ici la Dormition quand, nous, les latins, la vénérons sur le mont Sion, et qu’une forte tradition place l’événement à Éphèse auprès de Saint Jean ?…

Bref nous entrons dans Jérusalem par la porte des brebis. Il n’y a pas si longtemps, c’était le marché aux bestiaux – sans doute une tradition qui remonte au temps où l’on offrait au temple tout proche des brebis en sacrifice

Par cette porte nous sommes vite dans la Via Dolorosa mais avant un arrêt s’impose à Sainte-Anne, territoire français ! « Il est midi. Je vois l’église ouverte. Il faut entrer. Mère de Jésus-Christ, je ne viens pas prier », écrivait Claudel (Œuvre poétique, Poèmes de guerre, La Pléiade, Gallimard, 1957, p. 531), nous en revanche venons prier deux fois (cf. saint Augustin : chanter, c’est prier deux fois !) : nous allons chanter un office du milieu du jour aménagé, avec les psaumes des montées que nous venons de découvrir. La fraîcheur et l’acoustique impressionnante nous donnent des frissons.

Dehors la chaleur est accablante. Nous tentons une prière silencieuse de contemplation et cela devient l’oraison de Saint-Pierre à Gethsémani (on reste dans le thème du jour). Face à nous, les piscines ou réservoir de Bethesda, sorte de dépression faite de ‘briques’ et de ‘roc’, rime avec la violence du climat. »

Cécile :

« Mais l’heure tourne et… il faut manger. Ô joie, nous allons enfin dans un restaurant ! En plein cœur de la vieille ville de surcroît. Nous sommes servis comme des rois : houmous, caviar d’aubergine, lentilles, fallafels, taboulé vert et limonade maison. Le ventilateur est fortement apprécié, car la chaleur est assez forte et l’environnement bruyant. Malheureusement, l’une d’entre nous fait un malaise lors de ce repas…

En plein cœur du souk, au milieu des échoppes et de la foule qui se presse pour acheter des souvenirs ou des épices, notre guide nous annonce : « voilà, le chemin de croix commence ici ». Ah. Ça non plus je ne me l’imaginais pas comme ça. Le Père Bruno revêt son aube, une étole violette et nous voilà prêts (plus ou moins !). La plupart des étapes, nous explique Alain, sont a priori les vraies stations de la Passion, la tradition orale concordant la plupart du temps avec l’archéologie. Impressionnant. C’est donc comme ça au milieu de la ville, au milieu du monde que Tu as porté tous nos péchés ? C’est ainsi, aux yeux de tous que Tu as souffert ? Chaque étape est accompagnée des réflexions de Marthe Robin que nous lisons à tour de rôle. Je fais abstraction complète de ce qui m’entoure, le bruit environnant s’estompe peu à peu pour se concentrer sur ce mystère. Je crois que chacun, à ce moment, nous portons une croix dans notre cœur. Certaines stations ne sont qu’un simple panneau sur un mur, d’autres sont des chapelles assez discrètes qui s’ouvrent à notre passage, sans un mot échangé avec les responsables des lieux. Et petit à petit nous nous rapprochons du Saint Sépulcre.

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De l’extérieur, le Saint-Sépulcre ne ressemble pas vraiment à une église. Les pierres sont de la même couleur que le reste de la ville. Le bâtiment n’est pas spécialement haut. Et on n’arrive pas à imaginer la forme qu’elle prend car il y a d’autres bâtiments autour. Heureusement une coupole surmontée d’une croix nous indique que nous sommes bien dans un lieu chrétien. L’intérieur est tout aussi déroutant. C’est un mélange de différents styles chrétiens : le Saint Sépulcre est partagé entre les Orthodoxes, les Catholiques (Franciscains), les Éthiopiens (pour le toit), les Coptes etc ! A l’entrée, nous remarquons une dalle de marbre au-dessus de laquelle sont suspendus des luminions orthodoxes. Le marbre est parfumé à l’huile de rose. C’est le lieu de l’onction du Christ. Là où le corps sans vie de Jésus a été préparé avant d’être amené au tombeau. Tout de suite à droite quelques escaliers que nous montons nous mènent au lieu de la crucifixion. Si vous vous attendiez à voir le Golgotha comme dans le film de Mel Gibson, c’est raté, toute la zone de la crucifixion au tombeau est abritée dans cette église. Les prêtres orthodoxes surveillent le lieu et il ne nous est pas possible de rester longtemps à cet endroit. Cet endroit où Dieu a rendu sa vie. Nous descendons donc les marches suivantes pour arriver face à un édicule extrêmement travaillé (d’autant que sa restauration s’est finie il y a quelques mois ! Quelle chance !). Le marbre, les bougies, les luminions orthodoxes et la longue queue pour y rentrer nous indiquent d’instinct qu’il s’agit du tombeau. Bien entendu il ne ressemble plus du tout au lieu d’origine. Pourtant à l’intérieur est conservée la pierre sur laquelle Jésus a reposé… Et d’où il a disparu. Nous ne pouvons la voir car elle est protégée par une magnifique dalle de marbre rose. »

Père Bruno :

« Il ne nous reste plus qu’à célébrer ce double mystère dans l’eucharistie. Accueillis dans un lieu très spécial : le Lithos-strotos (en hébreu Gabata) c’est le lieu où les soldats se saisirent de Jésus pour le maltraiter ! Et nous sommes là, à méditer la Passion, célébrer la messe de la Passion, là-même où le Christ l’a vécu.

Comme pour vivre aussi la Résurrection nous sommes autorisés à passer de la crypte à la terrasse. Le soleil du soir dore tout ce qu’il touche… Nous faisons donc une photo de groupe avec une vue imprenable sur Jérusalem !

Cécile

« Nous rentrons finalement chez les Bénédictines pour concocter une délicieuse purée en guise de dîner, accompagnée d’une salade de cœurs de palmiers, olives et thon. La nuit va s’annoncer très longue pour plusieurs d’entre nous : nous allons retourner au Saint Sépulcre et y veiller.

A 20 h 45 nous retrouvons un moine franciscain à l’intérieur du Saint Sépulcre qui nous explique « les règles » : à 21 h, le lieu sera fermé de l’intérieur. Il ne sera plus possible d’en sortir. Exceptionnellement cette semaine, les portes seront ré-ouvertes à minuit et l’accès sera possible tout au long de la nuit (en temps ordinaire elles demeurent closes jusqu’à 6h). A l’heure annoncée une procession commence pour tirer les grands battants de bois, une échelle est passée par une petite ouverture, probablement qu’un moine active un verrou en hauteur. Puis au moment de refermer la petite ouverture, celui-ci confie les clés à quelqu’un… à l’extérieur ! En effet, depuis plusieurs siècles c’est à une famille musulmane résidant non loin qu’il incombe de veiller sur ces clés.  Nous voilà donc enfermés dans ce lieu si touchant. Et nous avons de longues heures devant nous pour méditer le mystère de sa résurrection… Et porter les intentions des paroissiens que nous nous sommes répartis ! Plus de mille feuillets que nous avons apporté au pied de la croix ou sur le tombeau. Vraiment, nous portons avec nous des centaines de paroissiens. »

 

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